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Après 18 années de procédure judiciaire et une condamnation par la Cour d'Assises de Bordeaux à 10 ans de réclusion criminelle pour complicité de crime contre l'humanité, Maurice Papon, 89 ans, aura une nouvelle fois fait couler beaucoup d'encre. En effet, suite à sa condamnation le 2 avril 1998, à 10 ans d'emprisonnement, Maurice Papon, qui comparaissait alors libre en raison de son état de santé, n'avait pas été incarcéré et s'était pourvu en cassation. La date de l'examen de son pourvoi avait été fixée au jeudi 21 octobre 1999. C'est alors que le nouvel épisode de l'histoire judiciaire de M. Papon débuta. La loi française prévoit qu'un prisonnier, lors de l'examen de son pourvoi en cassation, doit se constituer prisonnier la veille de la réunion de la Cour. Pour tenter d'échapper à cette obligation d'incarcération, Maurice Papon a déposé une requête auprès de la Cour d'Appel de Bordeaux qui a rejeté la demande de l'ancien préfet de la Gironde le 12 octobre. Dès lors, Maurice Papon devait se constituer prisonnier au plus tard le mercredi 20 octobre, s'il voulait voir son pourvoi examiné par la Cour de Cassation ; sinon, sa condamnation à 10 ans de prison deviendrait ferme et définitive dès lors que la Cour l'aurait déchu de son pourvoi. L'attente débute alors : viendra, viendra pas ? Toutes les rumeurs courent, entretenues par les avocats de Maurice Papon. Le 20 octobre, l'ancien préfet ne s'est pas constitué prisonnier. Le lendemain, la Cour de Cassation, après avoir tout de même entendu les parties en présence a annoncé la déchéance de son pourvoi et lancé un mandat d'arrêt international. Le 11 octobre, Maurice Papon échappe à la surveillance policière de son domicile de Gretz-Armainvilliers (Seine-et-Marne). Ce n'est que le 13 octobre que la disparition sera constatée. Rapidement, les policiers des Renseignements généraux retrouveront sa trace à Martigny, en Suisse, où il a séjourné sous le nom de Robert de la Roche-Foucauld, en compagnie de sa fille, de sa petite fille ainsi que de Hubert de Beaufort qui écrit un livre en forme de contre-enquête sur l'ancien préfet de la Gironde. Puis les jours suivants, il n'y eu plus traces de M. Papon : aurait-il quitté la Suisse pour se réfugier dans un pays n'ayant pas signé d'accord d'extradition avec la France ? La réponse est non. Les policiers français ont retrouvé sa trace. Maurice Papon n'avait pas quitté la Suisse. Depuis le 16 octobre il séjournait dans un hôtel de Gstaad. C'est là qu'il sera interpellé par la police fédérale en fin de soirée le 21 octobre, soit quelques heures après la délivrance de son mandat d'arrêt international. Puis il passera quelques heures à l'hôpital de Berne après avoir eu une crise de tachycardie. La rapidité des autorités suisses, qui ne voulaient pas accueillir plus longtemps M. Papon même si le crime contre l'humanité n'est pas reconnu dans leur droit, a permis une reconduite à la frontière dès le vendredi 22 octobre au soir. Dès lors, les autorités françaises ont conduit Maurice Papon à la prison de Fresnes où il purgera sa peine. Ses avocats ont annoncé qu'ils déposeront un recours devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme. Dans une lettre que Maurice Papon a envoyé au journal Sud-Ouest, l'ancien préfet écrit : " sur un autre plan, je veux m'opposer au dévoiement des plus hautes valeurs de la République et servir la France en continuant à défendre la vérité. Je pense que cette vérité sera rétablie par la Cour Européenne des droits de l'Homme, à Strasbourg, et demande à mes avocats d'intenter sans délai un recours auprès de cette institution ". De l'autre côté, les parties civiles au dossier, les familles des victimes de la déportation, se sont dits soulagées après 18 années de procédure. Aurélie Gritun |