|
Ce n'est pas la première fois que durant ces 25 dernières années le Timor-Oriental est secoué par de graves crises. Pendant près de 450 ans le Timor avait été sous la tutelle colonialiste du Portugal. A la suite de la Révolution des Œillets à Lisbonne le 25 avril 1974, le Portugal renonça à ses ambitions colonialistes et se déclara pour l'autodétermination du peuple du Timor-Oriental. C'est alors que la première rupture apparue partageant la population timoraise en trois groupes : l'union démocratique du Timor (UDT) qui était plutôt favorable à un rapprochement avec le Portugal, le front révolutionnaire pour l'indépendance du Timor-Oriental (FRETILIN). Le dernier groupe, l'association populaire et démocratique de Timor (APODETI) revendiquait une intégration dans l'Indonésie mais sa position était minoritaire. Le 10 août 1975, l'UDT tenta un putsch qui fit plonger le pays dans la guerre civile. Suite à ces affrontements, c'est le FRETILIN qui s'empara du Timor et annonça le 2 décembre l'indépendance du pays. C'est à cette période que l'on entendit parler des premiers massacres. Toutefois, les représentants de l'UDT et de l'APODETI trouvèrent refuge près de l'Indonésie. Le 7 décembre les troupes indonésiennes envahirent le Timor et prirent la tête du pays mais l'annexion ne fut officielle que le 17 juillet 1976. En 25 ans, le Timor-Oriental aura connu des heures noires ponctuées de massacres, de famines ainsi que d'épidémies et depuis cet été, la population doit faire face à un nouvel obstacle à son indépendance. Le 30 août dernier, des élections, supervisées par l'ONU, ont été organisées pour que les timorais puissent décider de leur sort. La participation est exceptionnelle puisque 98.6% de la population s'est rendue aux urnes. Le 4 septembre, l'ONU proclame le résultat du vote qui est sans appel : 78.6% des votes exprimés se sont prononcés en faveur de l'indépendance. Avant même la proclamation des résultats, les miliciens anti-indépendantistes ont commencé à faire régner un climat de terreur à Dili, la capitale, et dans tout le pays, massacrant les populations ou les contraignant à l'exil. Certains timorais ainsi que des journalistes trouvant même refuge dans les locaux de l'ONU avant que les fonctionnaires de l'organisation ne soient évacués face à la pression des miliciens entourant les bâtiments et se faisant de plus en plus menaçants. On parle alors de 200 000 personnes déplacées ou déportées au Timor Occidental ou dans des îles voisines, dans des camps de réfugiés dans lesquels les miliciens pro-indonésiens continuent de faire régner la peur. Dans ces massacres, l'armée indonésienne est accusée de laisser faire les milices sans même s'interposer. A la suite de menaces répétées de la part de l'ONU, de Bill Clinton et de Jacques Chirac, le président indonésien Habibie, après avoir décrété la loi martiale au Timor a finalement accepté qu'une force spéciale de l'ONU, l'Interfet, se déploie dans la province pour tenter de lui redonner un semblant de vie et de paix. Depuis le 20 septembre, les troupes de l'Interfet, sous le commandement des Australiens, débarquent quotidiennement au Timor-Oriental et dans sa capitale, Dili, où il n'y avait plus aucune trace de vie, pour tenter de mettre fin à ces 25 années de souffrances. Aurélie Gritun |