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Le 13 septembre dernier, après l'intervention de Lionel Jospin sur France 2, la majorité " plurielle " avait été déçue de la prestation de son chef de file notamment lorsque celui-ci, en réaction aux licenciements chez Michelin, avait déclaré " ce n'est pas par la loi, par les textes, qu'on va réguler l'économie ". Les déclarations du premier ministre avaient étonné ses alliés de gauche qui s'insurgeaient de la situation de l'entreprise Michelin qui après avoir affiché une augmentation de 17.3% de ses bénéfices du premier semestre, avait annoncé un plan de restructuration prévoyant une réduction de 10% de ses effectifs en Europe soit 7500 suppressions d'emplois sur 3 ans. La position de Lionel Jospin avait dès lors, mis en ébullition la classe politique, il fallait donc " rattraper " le loupé du 13 septembre pour rassembler la majorité. Ce fut chose faite lors de son intervention, le 27 septembre dernier, devant les parlementaires socialistes réunis en congrès à Strasbourg. Ce discours sonne comme un second discours d'investiture qui va déterminer le fil rouge de la politique du gouvernement jusqu'au terme de son mandat en 2002, si aucune dissolution n'intervient entre temps. Malgré ses précédentes déclarations quelque peu libérales, Lionel Jospin a effectué un virage à gauche pour présenter ses projets de réforme dont un vise notamment les licenciements abusifs. Le changement est flagrant puisqu'en 2 semaines, le premier ministre est passé d'une position de non-ingérence de l'Etat dans l'économie à " nous allons lutter contre les licenciements économiques abusifs ". Lionel Jospin a prévu pour cette lutte un plan en " trois orientations " : le premier ministre veut, premièrement, modifier le code du travail pour y introduire l'obligation d'une négociation sur les 35 heures avant toute annonce de plan social. La seconde orientation vise les versements de fonds publics aux entreprises pratiquant des licenciements abusifs, " il est inadmissible ", a-t-il déclaré, " d'annoncer des bénéfices substantiels et en même temps de demander à l'Etat de payer, sur fonds publics, une partie des restructurations comportant d'importantes suppressions d'emplois ". Et enfin, le premier ministre a annoncé une variation des cotisations sociales à la charge de l'entreprise à l'UNEDIC, selon leur comportement en matière de licenciements économiques. Cette dernière mesure nécessitera l'intervention des partenaires sociaux qui gèrent l'UNEDIC afin de trouver un accord sur ce point, ce qui pourrait compliquer la mise en application de cette mesure puisque les patrons français du Medef n'y seront vraisemblablement pas favorables. Le premier ministre, qui avait le 13 septembre, annoncé que le gouvernement prendrait des mesures dans les années à venir sur le travail précaire a finalement raccourci l'échéance annonçant le vote, avant la fin du mois de juin 2000, d'une loi visant à réformer l'usage du travail précaire fait par les entreprises. Pour cela, le gouvernement envisage une taxe ou une variation des cotisations chômage payées par l'entreprise ou encore des avantages moindres accordés aux entreprises dans le cadre du projet sur les 35 heures. Une mesure inattendue a également été évoquée par Lionel Jospin, concernant les foyers endettés touchés par le chômage. Ces familles verront leur dette fiscale, c'est-à-dire leurs impôts directs, annulée. Cette mesure concernerait en France 230 000 ménages, d'autant plus que ces dernières années, le nombre de familles surendettées et touchées par la perte d'emploi est en augmentation. Après l'annonce de ces mesures , on aurait pu croire que le premier ministre s'arrêterait là mais c'était se tromper puisque Lionel Jospin est arrivé à Strasbourg la musette pleine de projets. Ainsi, le chef du gouvernement a annoncé la création de "cinquante grands projets de ville " notamment dans les quartiers en difficulté. Toujours sur sa lancée, Lionel Jospin a enchaîné les mesures passant de la réforme du Conseil de la magistrature à celle du Sénat, puis à un projet de loi sur Internet pour l'année 2000 visant à adapter le droit à ce nouveau média ; ou encore la révision des lois sur la bioéthique, un projet de loi pour l'Outre Mer… Le premier ministre a véritablement présenté son calendrier de projets pour les années à venir. Avec ce discours, Lionel Jospin espérait regrouper un peu plus sa majorité plurielle. Les Verts se disent plutôt satisfaits des mesures annoncées par le premier ministre. Le PCF se fait plus timoré par la voix du président du groupe à l'Assemblée Nationale, Alain Bocquet : " ça va dans le bon sens, mais ça reste à être confirmé par des actes concrets ". Il semble donc que le chef du gouvernement dans ce discours du 27 septembre aura donc surpris en annonçant sa ligne directrice pour les prochaines années mais loin de Lionel Jospin la perspective des élections présidentielles selon lui, " cette deuxième étape " " nous conduira jusqu'à notre rendez-vous avec les Français en mars 2002 - les élections législatives. Nous travaillons dans cette perspective ". Aurélie Gritun |