La démission de Dominique Strauss-Kahn

Mardi 2 novembre, il est près de 12 heures lorsque le ministre de l'économie et des finances annonce, depuis son ministère de Bercy, qu'il présentera, l'après-midi même, sa démission au président de la République.

Dès la fin de la semaine précédent le départ de " DSK ", l'étau semblait se resserrer sur le ministre mis en cause dans le dossier de la MNEF par Philippe Plantagenest, ancien directeur de cabinet d'Olivier Spithakis, président de la mutuelle.

Même si aucune mise en examen n'a été prise à son encontre, Dominique Strauss-Kahn est soupçonné d'avoir bénéficié d'un emploi fictif et touché 603 000F.

En effet, l'instruction menée par les juges d'instruction Riberolles et Néher remettrait en cause la prestation d'avocat conseil de " DSK " auprès de la MNEF des années 94 à 96.

Dominique Strauss-Kahn devait représenter la mutuelle nationale des étudiants de France (MNEF) dans des négociations que celle-ci poursuivait avec l'ancienne Compagnie Générale des Eaux (CGE) devenue Vivendi, pour le rachat d'une des filiales de la mutuelle : la RPD (Raspail Participation Développement) qui regroupait de nombreuses activités annexes de la MNEF.

Il semblerait que mise à part la photocopie du chèque de 603 000F libellé à l'ordre de Dominique Strauss-Kahn, aucun autre document de la MNEF ne puisse justifier le conseil de l'ancien ministre des finances.

Certaine pièces du dossier comme des documents signés de la main de " DSK " et envoyés à Olivier Spithakis, alors directeur général de la MNEF et actuellement mis en examen dans le cadre de la même affaire, ont été envoyé par les juges pour analyse à la police scientifique de Paris qui est parvenue à déterminer que ces documents étaient antidatés : ces pièces étaient datées des années de service de Dominique Strauss-Kahn alors que le papier n'avait été fabriqué que fin 96 - début 97. Ce qui faisait soupçonner l'ancien ministre de faux en écriture.

Jeudi 4 novembre, le journal Le Monde a publié un article dans lequel Henri Proglio, ancien directeur général de la CGEA, une filiale de la Générale des Eaux, prend la défense de Dominique Strauss-Kahn en affirmant que ce dernier l'a contacté pour entrer dans le capital de RPD à la fin de l'année 1994 et qu'il a suivi les négociations de près pour le compte de la MNEF jusqu'à la conclusion de l'accord fin 96 - début 97 portant sur un montant de 21 millions de francs.

Jusqu'à présent, l'ancien ministre des finances n'a été ni mis en examen ni convoqué par les juges d'instruction : Dominique Strauss-Kahn a donc quitté le gouvernement avant même que la justice ne lui demande des comptes personnellement. Il s'en est d'ailleurs expliqué lors de l'annonce de sa démission : "Si je démissionne - je le dis avec force, ce n'est en aucune manière parce que je me sens coupable : j'ai accompli, lorsque j'étais avocat, le travail que je devais accomplir et qui a donné lieu à la seule rémunération que j'ai indiquée et déclarée ".

Quelques jours après sa démission, le climat semblait se calmer autour de " DSK " lorsque Philippe Plantagenest est revenu sur ces propos accusant l'ancien ministre, en déclarant que M. Strauss-Kahn avait fourni une réelle prestation de travail.

L'accalmie fut de courte durée puisque le 7 novembre, dans une lettre adressée au Journal du Dimanche, Christine Deviers-Joncour, ancienne maîtresse de Roland Dumas, mise en examen dans l'affaire Elf, a fait un parallèle entre l'affaire Elf et l'affaire de la MNEF par le biais de l'association France-Taïwan, dont nombre de ses membres étaient proches de la MNEF : Olivier Spithakis en était le trésorier. De plus, les locaux abritant l'association appartenaient à la mutuelle étudiante. Mme Deviers-Joncour met en cause Dominique Strauss-Kahn en mentionnant, notamment, sa participation en juillet 92, à Taiwan, lors des négociations pour la vente de Mirages et de missiles. Le soir même, l'avocat de M. Strauss-Kahn démentait la présence du ministre en juillet 92 à Taiwan et précisait qu'il se trouvait alors en Chine.

Dans sa lettre, Christine Deviers-Joncour demande la levée du secret défense pour mettre en lumière un gigantesque détournement de fonds.

Cette " affaire de la MNEF " suivie de la démission de Dominique Strauss-Kahn a suscité de nombreuses agitations et de nombreuses suspicions autour de diverses personnalités mais à l'heure qu'il est, on ne peut pas encore juger de l'ampleur de l'affaire.

Aurélie Gritun

 
 
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